Lettre du général Pershing au général Foch, 28 mars 1918
par Eric Labayle
Le 28 mars 1918, soit deux jours après que Foch a été chargé de la coordination des armées alliées, le général Pershing, commandant du corps expéditionnaire américain lui écrit cette lettre.
“I have come to say to you that the American people would hold it a great honor for our troops were they engaged in the present battle. I ask it of you, in my name, and in that of the American people. There is at this moment no other question than that of fighting. Infantry, artillery, aviation—all that we have—are yours to dispose of as you will. Others are coming who will be as numerous as may be necessary. I have come to say to you that the American people would be proud to be engaged in the greatest battle of history.”
(Traduction : « Je viens vous dire que le people américain prendrait comme un grand honneur le fait que nos troupes soient engagées dans la bataille actuelle. Je vous demande cela en mon nom et en celui du peuple américain. Il n’y a plus à présent d’autre considération que le combat. Infanterie, artillerie, aviation, tout ce que nous avons, sont à votre disposition si vous le souhaitez. D’autres (forces) arrivent, qui seront aussi nombreuses que nécessaire. Je suis venu vous dire que le peuple américain serait fier d’être engagé dans la plus grande bataille de l’Histoire. »)
Depuis le 21 mars, la situation est dramatique sur le front de Picardie. L’offensive « Michel », lancée par les Allemands a fait voler en éclats le front britannique entre Arras et Saint-Quentin et les armées du Kaiser progressent dangereusement vers Amiens. Dans le camp des Alliés, on cherche à parer au plus pressé, pour éviter le pire. Alors que l’on achemine des renforts vers le plateau du Santerre, le commandement est réorganisé, le 26 mars, lors de la conférence de Doullens. Ce jour-là, le général Foch reçoit comme mission de coordonner les actions des armées alliées, dans les batailles défensives actuelles, comme dans les offensives futures. Il s’agit en effet, dans l’urgence, de donner de la cohérence au dispositif des Alliés, pour enrayer l’avance allemande. La nomination de Foch n’est pas encore synonyme de commandement unique interalliés, mais c’est une première étape vers celui-ci. Quelques semaines plus tard, en effet, le général français sera nommé commandant en chef des armées alliées.
En attendant, c’est tout naturellement vers lui que se tourne le général Pershing, pour offrir ses services. Son corps expéditionnaire, dont les éléments précurseurs ont débarqué en France à l’été 1917, est encore en phase d’organisation et d’instruction. En effet, en dépit de leur indéniable potentiel, les soldats américains ne connaissent rien de la guerre dans laquelle ils vont être impliqués. Or cette étape, pourtant essentielle, prend du temps… Il n’est pas prévu d’engager l’armée américaine en masse avant l’automne 1918.
Pourtant, avec les offensives allemandes, il faut agir dans l’urgence. Et comme par ailleurs Pershing sait que ses hommes (et lui-même) rêvent d’en découdre, il se permet de proposer ses services à Foch, tout en sachant que son armée n’est pas encore fin prête.
Alors que, jusqu’alors, les troupes américaines n’avaient été affectées qu’à des secteurs calmes (en Lorraine notamment) au fur et à mesure de l’achèvement de leur entraînement, leur chef souhaite donc les engager dans la grande bataille. Elles vont l’être, mais sous commandement britannique ou français, au gré des besoins. Leur premier combat aura lieu à Cantigny, en avril. Il sera suivi par les batailles du bois de Belleau, de Château-Thierry ou du Tardenois, au cours desquelles US-Marines et Doughboys prouveront leur grande valeur et paieront au prix fort leur entrée dans l’histoire de la guerre moderne.
Toutefois, l’engagement des divisions américaines, les unes après les autres, n’aboutit pas tout de suite à la constitution sur le front d’une armée américaine proprement dite, sous commandement autonome. Il faudra attendre le mois de septembre 1918 pour que les forces d’outre-Atlantique, rassemblées sur le saillant de Saint-Mihiel, puissent enfin prendre à leur compte la direction d’une grande opération (la réduction du saillant). A ce moment-là, le peuple américain pourra être légitiment « fier d’avoir été engagé dans la plus grande bataille de l’Histoire »…
© Anovi
Une corvée de soupe à Verdun (1916)
par Eric Labayle
Cette photo a été publiée dans le n° 74 du magazine Sur le vif, du 8 avril 1916. Elle représente des hommes de corvée de soupe, qui attendent leur tour à la cuisine du bataillon, pour remplir gamelles et bouthéons.
En observant ce document, on est frappé par la résolution fataliste (ou la fatalité résolue, c’est selon…) qui émane de ces poilus, autant de leurs attitudes que de leurs regards. On note également leur saleté et celle de leurs ustensiles. Ils viennent en effet de parcourir plusieurs kilomètres dans des boyaux boueux et souvent défoncés, traversant trous d’obus et fondrières, pour aller chercher à l’arrière la soupe ou « le jus » (le café) de leur escouade restée en ligne. La corvée de soupe est pénible, mais elle est aussi dangereuse. S’il n’est pas rare de s’égarer dans le labyrinthe des tranchées, il est également fréquent de prendre une balle perdue ou un éclat d’obus en cours de route. Dans tous les cas de figure, jamais les camarades des premières lignes ne mangent leur soupe ou boivent leur café chauds… Et bienheureux sont-ils si leur ration n’est pas souillée par la boue du champ de bataille…
L’intensité de la bataille de Verdun rend les corvées de soupe encore plus risquées et pénibles que de coutume. Seul réconfort pour les hommes désignés, une fois parvenus aux cuisines, ils peuvent espérer obtenir un quart de café chaud ou une louche de rata… si toutefois les cuistots sont compatissants et compréhensifs, et si l’officier d’ordinaire accepte de fermer les yeux…
En première ligne, le retour des corvées de soupes est attendu avec impatience à plus d’un titre. Car si les hommes ont faim, ils sont également friands des nouvelles que leurs camarades rapportent de l’arrière. Celles-ci, que l’on surnomme « bouthéons » ou « bobards » sont souvent aussi spectaculaires que fausses, mais elles alimentent les discussions et suscitent parfois des espoirs qui aident, à leur manière, à supporter l’enfer au quotidien
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Les plénipotentiaires russes et allemands de l’armistice de Brest-Litovsk (décembre 1917)
par Eric Labayle
Dès leur arrivée au pouvoir en Russie, en novembre 1917, les Bolcheviks prennent des mesures d’urgence. Parmi celles-ci figure l’arrêt de la guerre contre les Empires centraux. Ce faisant, Lénine sait qu’il viole l’engagement pris par le Tzar en 1914, puis renouvelé par le gouvernement provisoire après février 1917, de respecter le jeu des alliances et de poursuivre la lutte aux côtés des Alliés. Toutefois, il a pris la mesure de l’impopularité du conflit auprès de la population russe. Non seulement celle-ci ne comprend ni les raisons de cette guerre, ni les buts visés par le gouvernement, mais elle souffre aussi de la profonde désorganisation du pays, dont le tissus économique ne permet plus d’assurer l’approvisionnement alimentaire des grandes villes ; enfin, le manque de succès des armées russes influe beaucoup sur le défaitisme ambiant.
De leur côté, Allemagne et Autriche-Hongrie montrent d’autant plus d’empressement à accepter la proposition russe de se retirer de la guerre qu’elles sont étranglées par le blocus allié, contre lequel la déclaration de guerre sous-marine à outrance (janvier 1917) n’a pas permis d’apporter de solution. En mettant un terme aux opérations sur le front oriental, les Empires centraux comptent alléger leur fardeau, sortir de leur encerclement stratégique et diriger vers la France et la Belgique les troupes devenues inutiles contre la Russie. Ainsi, l’armée allemande peut espérer rompre à son profit, pour la première fois, l’équilibre qui existe entre les belligérants. Mais pour avoir une chance de vaincre, il lui faut régler au plus vite la question russe, puis transférer ses armées vers l’ouest dans les plus brefs délais, c’est-à-dire avant que l’armée américaine ne soit en pleine possession de ses moyens et en mesure de peser sur les opérations (elle le sera à compter de l’automne 1918).
Tels sont les enjeux de l’armistice signé entre la Russie bolchévique et ses deux adversaires germaniques, à Brest-Litovsk, le 17 décembre 1917. Le traité de paix sera signé le 3 mars 1918, toujours à Brest-Litovsk. Il met la Russie bolchévique au ban des nations et permet à l’Allemagne de concentrer toutes ses forces sur le front occidental, où elle espère obtenir rapidement une victoire décisive. Dès le 21 mars, ses armées (renforcées par des troupes venues de l’Est) passent à l’attaque et font voler en éclat le front britannique, entre Arras et Saint-Quentin…
Cette photo nous présente les délégations qui ont participé aux négociations de l’armistice de décembre 1917. On reconnaît les personnages suivants, numérotés :
1 - Kamenev
2 - Joffé, président de la délégation russe
3 - A. Biacenko (membre de la délégation russe et seule femme à participer aux pourparlers)
4 - Contre-amiral (russe) Altvater
5 - Capitaine d’état-major (russe) Lipsky
6 - Karachan (secrétaire de la délégation russe)
7 - Lieutenant-colonel (russe) Fokke
8 - Zeki Pacha, ministre plénipotentiaire turc
9 - Von Merey, ambassadeur d’Autriche-Hongrie
10 - Prince Léopold de Bavière
11 - Général (allemand) Hoffmann, chef d’état-major de la délégation allemande, dont les Russes ont relevé le comportement arrogant
12 - Colonel Gantchew, ministre plénipotentiaire bulgare
13 - Capitaine de vaisseau (allemand) Horn
14 - Capitaine (allemand) Rey
15 - Major (allemand) Brinckmann
16 – Major (allemand) von Kameke
17 - Capitaine (allemand) Von Rosenberg
18 - Major (allemand) Wilhelm Von Mirbach (qui sera assassiné à Moscou le 6 juillet 1918, alors qu’il était ambassadeur d’Allemagne auprès de la République socialiste de Russie)
19 - Dolive-Dobrovolsky, officier d’état-major attaché à la délégation russe
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Le général Vergne se destinait à une carrière d’instituteur en 1914. La guerre en a décidé autrement. Sous-officier puis officier d’infanterie (79e et 279e RI), il est plusieurs fois grièvement blessé, avant d’obtenir son affectation dans les chars d’assaut. Il devient alors un pionnier des chars légers. Après avoir dirigé les essais du char Renault FT-17, il commande une section du 1e BCL en 1918.
Fronts concernés par ce livre : Front d’Artois, bataille de Verdun, seconde bataille de la Marne, fronts des Balkans en 1919-20, Résistance en 1940-44.
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Léopold Retailleau était un esprit curieux et observateur. Il a laissé un abondant journal de marche, mais aussi de nombreux dessins et plus d’un millier de photographies. Un témoignage précieux pour relater le parcours du 77e RI dans la guerre, mais aussi pour découvrir l’existence et les missions des musiciens-brancardiers.
Fronts concernés par ce livre : bataille des frontières, bataille de la Marne, front des Flandres, bataille d’Artois, front de Champagne, Verdun, bataille de la Somme, chemin des Dames, Lorraine, bataille du Matz, seconde bataille de la Marne.
Disponible sur Anovi.fr
Après un rappel historique de la Légion étrangère pendant la première guerre mondiale, chaque corps de troupe de la Légion étrangère est détaillé : chefs de corps, unités de rattachement, historique détaillé, bibliographie, etc. Un ouvrage fondamental et un outil de recherches indispensable.
Disponible sur Anovi.fr
Un essai brillant et passionnant sur la façon dont le cinéma évoque la Grande Guerre depuis 1918. Une invitation à (re)découvrir des films comme Un long dimanche de fiançailles, La grande illusion, Les sentiers de la gloire, Les hommes contre, La vie et rien d’autre…
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Le journal de Georges Curien, du 43e RIT, soldat Vosgien appelé à faire la guerre à quelques dizaines de kilomètres de chez lui.
Front concernés par ce livre : Front des Vosges (1914-1918) et de la Somme (1918).
Cette correspondance des trois frères Verly (215e RAC et 144e RI) brosse une magistrale fresque de l’existence d’une famille du Nord (La Bassée) écartelée par la guerre.
Fronts concernés par ce livre : Front de la Somme, chemin des Dames, mutinerie de la Courtine…
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Entre 1914 et 1918, plus de 500 000 Canadiens ont servi sous l’uniforme. Plus d’un sur dix est mort à la guerre. Voici leur histoire, publiée pour la première fois en France.
Fronts concernés par ce livre : front des Flandres (deuxième et troisième batailles d’Ypres), Artois (bataille de Vimy, bataille de Laons), Somme (1916 et 1918).










