Citations Grande Guerre

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Citations

Originales, instructives, émouvantes ou impertinentes, voici
un florilège de citations historiques concernant la Grande Guerre.

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« C’est un homme de capacités médiocres qui se cramponne au pouvoir, en débarquant successivement tous les collaborateurs qui ont pensé et agi pour lui (…). Son œuvre ? Renonçant délibérément au plan d’opérations mûrement discuté en temps de paix, il a lancé la folle offensive générale du début de la campagne, en interdisant aux commandants d’armée de prendre les précautions les plus élémentaires. La qualité extraordinaire de la troupe a sauvé le pays. Pendant toute l’année 1915, n’ayant pas voulu intervenir en Orient au moment opportun, il s’est obstiné à monter avec des moyens insuffisants des attaques de positions fortifiées et à détruire ainsi notre magnifique infanterie. En 1916, nous l’avons vu désemparé en présence de l’attaque allemande sur Verdun. Il a voulu diriger lui-même la bataille de la Somme qui était bien préparée et aurait pu être une grande victoire. Son manque de coup d’œil et d’instinct militaire a empêché les Alliés de recueillir le succès décisif qu’ils étaient en droit d’escompter. Tout le monde est fixé depuis longtemps sur sa valeur, mais il se maintient à force de roublardise grâce à ses amis politiques » .

Jugement du général de Castelnau sur le général Joffre, fin 1916.

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« L’Europe aura donc la guerre parce qu’elle se prépare à la guerre… Une étincelle tombant à la frontière des Vosges, dans les Balkans ou sur le rivage de l’Afrique du Nord fera lever une fumée gigantesque qui donnera le signal de la mêlée. Ce jour-là, la France et l’Allemagne seront les chefs de camp, et le duel de ces deux puissances sera le centre de la bataille » .

… Remarquable et terrible clairvoyance…

Ernest Lavisse, avant-propos à l’Allemagne Impériale, 1909.

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« Les jeunes filles sont coquettes, les chasseurs font des grâces en leur honneur. Il y a la Fernande, la Lucie, l’Eugénie, suivant l’usage lorrain de faire précéder le prénom de l’article le ou la. Toutes sont-elles sages ? Je le pense… mais, néanmoins, elles ont de nombreux admirateurs qui, pour leurs beaux yeux, se ruinent, en leur achetant les denrées dont elles tiennent magasin. »

Paul Simon, Fanion Bleu Jonquille – Carnet de Campagne d’un Chasseur de Driant – 1914-1918, Éditions Argo, Paris, 1930.

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« Du jour au lendemain, les états-majors américains voulurent voler de leurs propres ailes et il se produisit, lors de l’attaque de l’Argonne, des ennuis, non pas certes à l’avant, car la bravoure des Sammies est incomparable, mais à l’arrière, là où se présentent les difficiles problèmes du ravitaillement et du trafic des convois, toutes choses qui ne peuvent bien marcher sans une longue expérience et que les industriels américains eussent fort bien résolus sans doute, mais que des soldats, non habitués à la guerre moderne, étaient incapables de résoudre. Cet embouteillage des arrières de l’Argonne fut vraiment sérieux. Des troupes restèrent quatre jours sans manger et prirent finalement le parti d’aller elles-mêmes chercher des vivres à l’arrière ; M. Clemenceau resta six à sept heures bloqué sur une route de ce secteur » .

Jean Pierrefeu, G.Q.G. Secteur 1, Trois ans au Grand Quartier Général par le Rédacteur du Communiqué, tome second, Pétain, Organisateur de la Victoire, Foch et Pétain, L’Édition Française Illustrée, Paris, 1920.

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Vendredi 4 février 1916

« Depuis quelques jours on parle beaucoup d’une grande offensive des Boches. Sur quel point de notre front ? Il ne semble pas qu’on soit très orienté. En attendant, les grands chefs sont fort énervés et paraissent même assez affolés. C’est inquiétant et un peu visible. Si cette offensive doit se produire dans notre région [en Champagne], je crois que nous sommes prêts à la recevoir. Mais si elle a lieu sur Verdun que deviendrons-nous dans le cas où l’unique ligne de chemin de fer normale, la ligne Saint-Menehould-Verdun, viendrait à être coupée ? Pourquoi n’avoir pas construit le raccordement destiné à remplacer la ligne détruite à Saint-Mihiel ? Le Meusien rendra des services mais combien sera-t-il insuffisant » .

Cette prévision s’est avérée juste… on connaît la suite…

Alexis Callies, Carnets de Guerre d’Alexis Callies, retranscrits et commentés par Éric Labayle, E/L Éditions, 1999.

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« En France, tout finit, dit-on, par des chansons ; mais c’est surtout en marche qu’elles remontent le moral. Elles allègent le fardeau, stimulent le courage et raccourcissent les kilomètres. Aussi, c’est à qui, parmi les chefs de peloton, aura les meilleurs boute-en-train. On n’est pas difficile quant au choix du répertoire. La Madelon succède à Tiperrary, dont personne ne connaît les couplets, mais il y a du pep dans les refrains » .

Joseph Chaballe, Histoire du 22e Bataillon Canadien-Français, Tome 1, 1914-1919,  Chantecler, Montréal, 1952.

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« En une minute, la tradition s’est évanouie. La volonté, l’héroïsme, l’esprit de résolution sont mis en échec par le travail mécanique de la mitrailleuse. Il va falloir avouer qu’on ne lutte pas avec du personnel contre du matériel. C’est le triomphe de la matière. »

Jacques Duchelly, Philosophie de la Guerre, Alcan, 1921.

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« Gémeau approuve et déclare que Pétain aurait dû faire fusiller 2 000 hommes et non 30 seulement, lors des mutineries de l’an dernier. La situation de l’armée française fut alors très grave et exigeait des mesures radicales pour extirper l’ulcère. Au lieu de les entraîner, on donna aux hommes des permissions et du repos » .

7 juin 1918 – Déclaration du commandant Gémeau, officier de liaison Français auprès du G.Q.G. britannique- Extrait de : Haig (Douglas), Les Carnets Secrets du Maréchal Douglas Haig, 1914-1919, présentés par Robert Blake, Presses de la Cité, Paris, 1964.

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« Cette réunion est donc un succès et les Français sont enchantés de la façon dont j’ai accueilli leurs propositions et dont je les ai reçus. En fait, il est vraiment difficile de traiter avec eux ! Pas de doute cependant, la meilleure façon de toucher le cœur de la plupart d’entre eux, y compris le généralissime, passe par leur gosier ; un brandy de 1840 a des effets étonnamment apaisants sur Joffre et Castelnau ! » .

(A propos de la réunion interalliés du 20 mai 1916)

Haig (Douglas), Les Carnets Secrets du Maréchal Douglas Haig, 1914-1919, présentés par Robert Blake, Presses de la Cité, Paris, 1964.

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« Le tir de l’artillerie allemande sur nos tranchées, à part quelques coups très rares, ne produit aucun effet. »

(16 avril 1915 – front de la Somme, secteur de Suzanne)

Sur le Front Occidental avec la 53e Division d’Infanterie, tome 1: Août 1914 à Mai 1915, La Guerre de Mouvement, en Secteur à Suzanne, Berger-Levrault, Paris, 1932.

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A propos des responsabilités de la guerre :

« La catastrophe de 1914 est d’origine allemande. Il n’y a qu’un menteur professionnel pour le nier. »

Georges Clemenceau, Grandeurs et misères d’une victoire, Plon, Paris, 1930.

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« Chère mère bien aimée, à midi, nous voici sur l’extrême position d’attente. Je t’envoie tout mon amour. Quoi qu’il arrive, la vie aura eu de la beauté. »

Dernière lettre écrite à sa mère par un sergent du 106e R.I., le 6 avril, avant de partir à l’attaque au cours de laquelle il a été porté disparu.

Lettres d’un soldat, 1914-1915, préface d’André Chevrillon, Librairie Chapelot, Paris, 1918, 164p.

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« Il n’a pas été vaincu ; il s’est simplement perdu dans les airs comme un navire se perd en mer. Il a eu la plus parfaite de toutes les fins. »

Georges Guynemer, au sujet d’Albert Ball, as de la chasse britannique disparu en combat aérien le 7 mai 1917. Le 11 septembre suivant, cette citation s’appliquait parfaitement à son auteur, « tombé en plein ciel de gloire » à Poelcapelle…

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« Le G.Q.G. est déçu et cherche quelque excuse, dont l’une sera que toute l’armée allemande se trouve devant les Français et que nous n’avons pas réussi à alléger leur fardeau. C’est bien des Français, c’est-à-dire le côté féminin de leur nature : la vanité blessée, la jalousie, la déception devant leur échec et notre succès. Je ne crois pas, heureusement, que leurs pertes soient bien considérables » .

Lettre du général Wilson, chef de la Mission Militaire Britannique auprès du commandant en chef des armées françaises, au maréchal Haig, le 18 avril 1917, à propos des premiers résultats de l’offensive française sur le Chemin des Dames.

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Au sujet de l’offensive allemande sur le chemin des Dames, le 27 mai 1918 :

« Ici comme ailleurs, cependant, le désastre a la même origine : un procédé neuf auquel nous ne prêtons pas l’attention qu’il mérite. Preuve absolue de la difficulté que les Français, peuple d’intellectuels, épris d’idées générales et de théories, ont éprouvée à s’adapter à cette guerre technique et qui explique suffisamment avec quelle lenteur notre État-major, si parfaitement instruit dans l’art de la guerre, s’est mis au point dans la question du matériel » .

.. Avec 20 ans d’avance, ces propos n’évoquent-ils pas avec une certaine justesse l’ère Gamelin ?

de Pierrefeu (Jean), G.Q.G. Secteur 1, Trois ans au Grand Quartier Général par le Rédacteur du Communiqué, tome second, Pétain, Organisateur de la Victoire, Foch et Pétain, L’Édition Française Illustrée, Paris, 1920.

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« Nous menons une vie de lapins le jour de l’ouverture de la chasse. »

Extrait d’une lettre écrite le 28 octobre 1914 par un soldat du 106e R.I., secteur des Hauts de Meuse.

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« Il y a foule, étant donné que les permissions ont été suspendues entre le 18 et le 25, à cause de l’impossibilité, pour les chemins de fer, d’assurer simultanément le transport des vacanciers de Pâques et celui des permissionnaires. Ceux-ci sont environ 1.400 à 1.500 par jour. Je me demande ce que les futurs historiens diront de la Grande Bretagne qui, en temps de crise, donne la préférence à ses vacanciers sur les soldats venant du front ! »
(Le 17 avril 1916, à la gare de Charing Cross, Londres)

Haig (Douglas), Les Carnets Secrets du Maréchal Douglas Haig, 1914-1919, présentés par Robert Blake, Presses de la Cité, Paris, 1964, 524 p.

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« Sans ses opinions avancées, qui ont eu la bonne fortune de correspondre aux idées du moment, Sarrail n’aurait sans doute jamais dépassé le grade de colonel. »

Lieutenant-colonel Émile Mayer, Nos Chefs de 1914, Librairie Stock, 1930.

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« Nous passons le pont de chemin de fer en même temps qu’un escadron de cavalerie anglaise. A notre grand étonnement, nous apercevons, à cheval, à califourchon, une femme rousse que sa jupe culotte seule distingue des autres cavaliers. Comme ceux-ci, elle a le sabre à gauche et le revolver à droite. Nous nous informons. C’est la mère de ce jeune homme imberbe qui est à sa gauche dans le même rang de quatre. Pour pouvoir accompagner son fils, engagé volontaire, elle-même s’est faite soldat. »

(1er septembre 1914, à Anizy-le-Château)

Sur le Front Occidental avec la 53e Division d’Infanterie, tome 1: Août 1914 à Mai 1915, La Guerre de Mouvement, en Secteur à Suzanne, Berger-Levrault, Paris, 1932, 217 p.

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« Or, en mil neuf cent seize, en ce trou de termites
Deux lieutenants, un aspirant, joyeux ermites
Vécurent. C’est ici qu’ils prenaient leurs repas
Et l’histoire prétend qu’ils ne s’en faisaient pas.
L’aspirant, dévoré d’une ardeur sans limites
Aimait une meunière aux robustes appas.
Il aurait pour lui plaire affronté les marmites,
Payé cent sous de l’heure ou risqué le trépas.
Mais qui peut, en sa course arrêter le Destin?
L’aspirant était jeune et la femme jolie.
Donc l’aspirant s’en fut un jour de bon matin
A Mélicocq. Jetons un voile sur la suite.
Un cuisant souvenir a puni l’inconduite » .

4 août 1916
Edmond Rostand
P/O Le Goupil

Vers gravés dans la pierre d’une maison de Saint-Amand (Oise), P.C. de la 22e batterie du 43e Régiment d’Artillerie en février 1917.

 

© Anovi

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