Incendie de la Cathédrale Reims 1914

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L’incendie de la cathédrale de Reims
19 septembre 1914

par Yann Harlaut

 

La cathédrale de Reims fut le monument symbole des destructions allemandes durant la Première Guerre Mondiale. Anatole France, dans les colonnes de La Guerre Sociale du 22 septembre 1914, écrivait ainsi : « Les barbares ont incendié, en invoquant le dieu des chrétiens, un des plus magnifiques monuments de la chrétienté. Ils se sont ainsi couverts d’une infamie immortelle, et le nom allemand est devenu exécrable à tout l’univers pensant. Qui donc, sous le ciel, peut douter maintenant qu’ils sont les barbares et que nous combattons pour l’humanité ? » Le conflit se trouve réduit à cette vision manichéenne : la lutte de la civilisation contre la barbarie. La propagande a ainsi déformé nombre d’évènements. Encore convient-il, maintenant, d’en reconstituer la réalité historique.

L’offensive allemande d’août 1914 oblige l’armée française à se replier. Reims est alors déclarée ville ouverte. Cependant un violent bombardement, lié probablement à une méprise de la part de l’état major allemand, va précéder l’occupation de Reims le 4 septembre 1914. En pleine bataille de la Marne, le Kronprinz décide de transformer la cathédrale en hôpital militaire afin d’y accueillir le flot des blessés allemands. Trois mille lits, fournis par la municipalité rémoise, doivent y être installés. Le 12, devant l’incapacité de trouver les lits réclamés, quinze mille bottes de paille sont entassées contre les portes des bas-côtés et éparpillées dans la nef. Ces projets d’installation ne pourront cependant aboutir car ce même jour les Allemands sont contraints à évacuer la ville. Le lendemain, les troupes françaises défilent sous les acclamations de la population rémoise. Cependant les Allemands se sont retranchés dans les forts alentours. La « ceinture fortifiée de Reims » s’est refermée !

Le 16 septembre, le Grand Quartier Général français décide de rassembler 131 blessés allemands dans la cathédrale. Le 18 septembre, cinq obus au moins touchent directement le monument, tuant un gendarme français et deux blessés allemands. En toute hâte, un drapeau de la Croix-Rouge est hissé en haut de la tour nord.

Malgré cette protection, le lendemain, c’est le drame. Le 19 septembre, vers 15 heures, un obus traverse l’échafaudage de 13 étages qui ceinturait la tour nord et explose à mi-hauteur. L’échafaudage s’embrase. Sous l’effet de la chaleur, la moitié de la Grande Rose éclate et des flammèches communiquent alors l’incendie aux lits de paille, répandus à l’intérieur de l’édifice afin d’y accueillir les blessés. Au même instant, la toiture en chêne prend feu à son tour et plus rien ne peut dorénavant circonscrire l’incendie. Il faut évacuer ! Les prêtres de la cathédrale, aidés par quelques ouvriers mettent à l’abri les objets sacrés. A leur retour, ils s’aperçoivent que les soldats de garde refusent de laisser sortir les blessés allemands et les menacent de leurs armes. La foule en fureur voulait les lyncher tant était grande sa colère de voir leur sanctuaire incendié. Sous la protection du clergé, on réussit à ramener le calme et à évacuer les blessés par le portail nord. Durant toute la nuit, la cathédrale va achever de se consumer.

Cet événement va être maintes fois relaté par la presse, puis amplifié par la propagande. Tous les pays, belligérants ou non, sont indignés par ce crime de guerre, ce « crime contre l’humanité ». L’Allemagne tente de se justifier mais sans grand succès.

Dans cette carte postale russe dont la légende pourrait être traduite par « C’est le jour de Néron » , on y voit Guillaume II représenté sous les traits de Néron. Il domine la Cathédrale de Reims en flammes sur un amoncellement de crânes. Il en profite d’ailleurs pour composer une ode de sang. Cette image très expressive est symptomatique du déchaînement des passions. Car en détruisant la cathédrale de Reims, on accuse l’Allemagne d’avoir voulu détruire « L’Âme de la France » Au nom de l’art, de la religion et de l’humanité, la France invite ainsi les pays non encore belligérants à la rejoindre pour une « croisade » anti-allemande.

Tout au long de la guerre, les bombardements vont, malgré les protestations, se poursuivre. La cathédrale aura reçu plus de 400 obus, mais sa structure massive a résisté. Devenue le symbole de la barbarie allemande, la cathédrale va poser problème concernant sa restauration. En élevant si haut le débat, la Notre-Dame de Reims est devenue un mythe. Pour de nombreuses personnalités, elle doit être gardée en l’état ou être aménagée pour devenir un mémorial. Après maints débats, la cathédrale sera finalement restaurée.

Si l’occasion vous vient de visiter la cathédrale de Reims, attardez-vous sur ses blessures. Voyez les pierres calcinées de la tour nord et le Goliath devenu informe, et souvenez-vous de cet événement qui embrasa l’opinion internationale durant la Première Guerre mondiale.

 

© Anovi

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